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De l'apprentissage des langues à la pensée linguistique : Les ressorts interculturels"​ – Cas du dispositif pérenne d’intégration des migrants"​

  

Résumé

 

L’apprentissage d’un idiome ou d’une langue nouvelle passe par la compréhension des facteurs culturels qui lui sont propres, des différences interculturelles avec la langue d’origine et de la pensée linguistique.

Ces dimensions sont intégrées dans un dispositif européen d’intégration pérenne des migrants, qui permet de développer une identité hybride et interculturelle, riche de dialogue et de compréhension, propice à l’évolution sociétale et économique des communautés nationales.

Ce système est basé sur la mediation interculturelle et la compréhension de la pensée linguistique appliquée. Il développe des compétences culturelles et interculturelles pratiques, misent en oeuvre dans le cadre de projets concrets de type entrepreneurial.

 

Abstract

 

In order to create sustainable communities and intercultural boundings, we use a holistical device of integration based on a core of several important keys as: language, civic, cultural and communication competencies, as well as intercultural dialogue having as result more cohesive and vibrant communities. We choose to develop on these key factors because in our opinion the process of learning even if it is established for foreigners, migrants or ethnic minorities it is encountering the main barriers: the absence of intercultural thinking and cultural, linguistic competencies as well as cultural mediators in order to prone this type of learning process.

 

1. De l’apprentissage des langues à la pensée linguistique

 

La pensée linguistique est un «système symbolique de représentations» (S. C. Levinson et D. P. Wilkins, 2002) qui permet à un locuteur de former des pensées, de manipuler des idées, et de communiquer avec autrui dans un état d’esprit et un comportement approprié (Petrache-Le Guern 2016). La pensée linguistique met l'accent sur l'interface entre la phonologie, la morphologie, la syntaxe et la sémantique, les aspects culturels et comportementaux, la vision du monde relative à un idiome.

Les processus linguistiques sont omniprésents dans la plupart des domaines fondamentaux de la pensée, modelant inconsciemment nos connaissances et nos perceptions. Le langage est au cœur de nos expériences d’être humain et, les langues que nous parlons façonnent profondément notre façon de penser, de voir le monde, de vivre. (Crozet, C., & Liddicoat, A.J., 2000).

 

Les langues façonnent ainsi notre façon de penser l'espace, le temps, et les objets (D. Casasanto et al, 2004). Elles peuvent même affecter la perception visuelle et notre capacité à distinguer les couleurs (L. Boroditsky et al..2003). Le langage a des effets sur la façon dont les gens interprètent les événements, les rapports de cause à effet, de perception d’une émotion, la manière d’éprouver la pensée des autres, de prendre des risques ou non (A. Tversky et D. Kahneman, 1981, L. Boroditsky, 2007).

 

Les métaphores aussi bien que les visions du monde diffèrent d'une langue à l'autre (S. C. Levinson and D. P. Wilkins 2006). Comment un artiste décide-t-il, si la mort ou le temps doit être peint comme un homme ou une femme? Il s'avère que dans 85 pour cent de ces personnifications, une figure masculine ou féminine est choisie en conformité avec le genre grammatical du mot dans la langue maternelle de l'artiste. Ainsi, les peintres allemands seront plus susceptibles de peindre la mort comme un homme, alors que les peintres russes seront plus susceptibles de la peindre comme une femme.

 

L'apprentissage d'une nouvelle langue n'est jamais facile. Il est nécessaire d'accorder une attention particulière aux distinctions interculturelles et de distinguer les postures comportementales adéquates. (Kramsch, C., 1993, Liddicoat, A.J., 2002).

 

Une fois que les locuteurs ont appris à penser de ces nouvelles façons, leur performance cognitive commence à ressembler à celle des locuteurs natifs. En pratique, cela signifie que lorsque vous apprenez une nouvelle langue, vous vous devez comprendre et apprendre une nouvelle façon de penser. L’apprentissage des langues, et l’intégration des étrangers dans un nouveau pays impliquent la compréhension de la pensée linguistique, de la culture ainsi que nombre ressorts interculturels.

 

2. Les ressorts interculturels à mettre en oeuvre dans l’apprentissage

 

La compétence culturelle permet pour un étranger d’anticiper, dans une situation donnée, ce qui va se passer - c’est-à dire, quels comportements il convient d’avoir pour entretenir une relation adéquate avec les protagonistes en situation (Abdallah Pretceille & Porcher, 1998, Liddicoat, A.J., 2002).

L’interculturalité est l’ensemble des processus – psychiques et intrapsychiques, relationnels, groupaux, institutionnels – engendrés par ces mises en relation, ainsi que les changements et transformations réciproques qui en résultent (C. Clanet, 1993). C’est une source d’enrichissement culturel réciproque qui propose de tirer profit des différences culturelles (Verbunt, 2011) et de créer des « possessions partagée » (Clanet, 1993). On vit ensemble dans un monde qui appartient à tous.

 

Dans la pédagogie interculturelle il ne suffit pas d’apprendre une langue, il faut connaître la culture dans son ensemble avec tous les éléments culturels : les goûts, les valeurs fondamentales, le véritable respect de la tradition C. Clanet (1993). En fonction des besoins des apprenants, on développe la compétence de communication qui comporte des compétences linguistiques et extralinguistiques (Vingelienė, Repeikaite, 2013) qui constituent un savoir-faire à la fois verbal et non verbal, une connaissance pratique du code et des règles psychologiques, sociologiques et culturelles qui permettront son emploi approprié en situation (Seara, 2001).

 

L’apprentissage culturel implique que l’apprenant assimile certains aspects d’une culture différente, aspects qui influencent la langue et le comportement (Lambert, 1972). Si la langue influence la manière dont nous nous comportons et percevons les choses, la culture est aussi inhérente à la langue, à sa structure, son vocabulaire, ses expressions et peut être enseignée en même temps que la langue (Claes, 2003).

 

Le cadre européen commun de référence (CECR, 2001) prend en considération la capacité de l’apprenant à communiquer avec des locuteurs natifs sans les irriter ni amuser involontairement et sans les mettre en situation de se comporter autrement qu’avec un locuteur natif.

 

La composante interculturelle, mise en position prioritaire dans le CECR, amène des apprenants à développer leurs savoirs (les connaissances relatives à la vie quotidienne), leurs savoir-être (acquis par l’apprenant au cours de sa communication avec les représentants d’autres cultures) et leurs savoir-faire (le rôle d’intermédiaire culturel entre les deux cultures). En s’attachant à cette dimension interculturelle, on vise à faire des migrants ou des apprenants des locuteurs ou des médiateurs interculturels, capables de s’engager dans un cadre complexe et un contexte d’identités multiples (L. Petrache 2016, Boesch, Fanová 2009).

 

Nous nous intéressons à deux axes principaux : l’acquisition de la compétence culturelle et de la compétence communicative (Vingelienė, Repeikaite, 2013) qui vont assurer l’intégration pérenne des migrants et étrangers dans leur nouveau pays (L. Petrache, Y. Le Guern 2016).

Les migrants doivent apprendre non seulement à utiliser les formes linguistiques, mais adopter un comportement qui soit bien compris par leurs interlocuteurs.

 

Pour cela, le processus d’intégration des migrants doit passer par l’acquisition d’une vraie compétence communicative interculturelle intégrant les 7 composantes suivantes (Claes 2003) :

 

· linguistiques (l’interprétation et l’application des règles du code de la langue),

· paralinguistiques (le langage non verbal : les gestes, les mimiques du visage et le langage du corps),

· sociolinguistiques (l’utilisation des différents types de discours qui sont déterminés tant par la situation de communication que par des règles variées),

· référentielles (la connaissance des domaines appelés « les cours de civilisation » : les institutions et les organisations du pays, la politique, le sport, l’économie, la société etc.),

· stratégiques (les actes verbaux et non verbaux « pour réaliser et gérer l’acte de communication en accord avec l’intention communicative de l’interlocuteur »),

· socioculturelles : la connaissance de la culture de celui avec qui on parle, par ex., comment il perçoit le temps, quelle est son échelle de valeurs, sa relation avec le monde extérieur, la nature etc.

· les différences dans les valeurs posent des problèmes de communication pour juger ce qui est beau, juste et bon.

· les composantes discursives (être capable de comprendre correctement et de produire de différents types de discours, par ex., une petite annonce, un fait divers, un mode d’emploi d’un outil, une lettre de motivation, etc.)

 

3. Cas concret : Le dispositif d’intégration des Migrants – Migrant Integration Lab

 

a. Contexte

Nous n’avons pas de politique d’intégration des migrants ou des personnes en demande de protection en France (..). On ne s’est jamais véritablement soucié d’avoir un ensemble d’actions et de moyens cohérents pour viser l’intégration, l’apprentissage de la langue, (…) ni d’accompagnement personnalisé. Il y a beaucoup d’associations qui œuvrent dans ce domaine, mais ça ne fait pas un système, c’est un ensemble d’actions éparses (D.Cheridi, 2016).

 

Aussi, il convient de s’interroger sur la création de représentations collectives communes ainsi que de politiques nouvelles du construire ensemble basées sur des valeurs et principes partagés.

C’est dans ce cadre que la construction d’un dispositif d’intégration pérenne et cohérent des migrants passe bien sûr par l’apprentissage des langues mais doit désormais intégrer l’ensemble des facteurs culturels, interculturels, économiques, civiques et citoyens, et créer du dialogue avec les communautés natives (Y. Le Guern, L. Petrache 2016).

 

Pour cela les compétences sociolinguistiques, communicatives, interculturelles, et, de compréhension de la pensée linguistique doivent être développées conjointement, pour créer les représentations et comportements adéquats. Ceci sera d’autant plus efficace dans l’action, lors de la réalisation de projets entrepreneuriaux visant à l’intégration complète des primo-arrivants (Y.Le Guern, L. Petrache 2016).

 

b. Un processus holistique et interculturel base d’une politique européenne d’intégration des migrants

 

Le dispositif créé par Laura Petrache et Yannick Le Guern, suite à la mise en œuvre d’expérimentations concrètes aux Etats Unis depuis l’an 2000 en Californie, en Roumanie depuis 2005 et à l’étude de dispositifs internationaux d’intégration (Suisse, Chine, Australie, Europe, Etats-Unis) a conduit à la construction d’un dispositif global, interculturel et pérenne d’intégration des migrants, basé sur 3 axes simultanés et 4 dimensions:

 

1. Un dispositif pérenne de formation et d’accompagnement :

· Socio linguistique, pour que les bases de la langue soient maitrisées condition préalable à l’intégration

· Civic et citoyen : laïcité, rapports hommes femmes, rapports inter confessionnaux doivent être posés pour poser les ponts interculturels entre les pays d’origine et le pays d’accueil.

· Entrepreneurial et économique : l’intégration des migrants peut se faire aisément par le biais de projets entrepreneuriaux et/ ou de subsistance. Ces dispositifs sont les plus efficients pour aboutir en quelques mois à l’autonomie économique.

· Dialogue au niveau local, entre migrants et populations, mis en place par les communes avec les relais associatifs.

 

2. une professionnalisation des acteurs publics, privés et associatifs de l’intégration regroupés dans un écosystème piloté par un acteur unique regroupant l’ensemble des parties prenantes et coordonnant leurs actions.

 

3. une mise en réseau européenne des actions et acteurs afin de participer à des échanges de bonnes pratiques.

 

 

c. Résultats

Le dispositif créé par Laura Petrache et Yannick Le Guern pose les bases d’une politique européenne d’intégration des migrants car il permet :

· Une Integration civique, socio-culturelle et économique rapide et pérenne des migrants.

· Une réduction des coûts economiques et politiques pour les territoires et gouvernement.

· Un appaisement des tensions inter-communautaires.

· Une assimilation des valeurs républicaines et citoyennes, et d’égalité entre les sexes, de laicité dans le cas de la France.

· Un renforcement de capacités et de compétences des migrants

· Un développement socio-économique global.

· Une transformation sociale, du dialogue inter-culturel et inter-confessionnel-laîque, la coexistence harmonieuse entre migrants et communauté d’accueil par un processus bi-directionnel.

· Un écosytème de pilotage des actions d’intégration des migrants.

· Une Construction d’une identité européenne “hybride” agile et agissante d’enrichissement mutuel.

 

Conclusion

 

Une communauté nationale capable d’évolution passe par la constuction d’une identité hybride et interculturelle, riche de dialogue et de compréhension qui repose sur un sytème global d’intégration pérenne des migrants. Ce système est basé sur la mediation interculturelle et la compréhension de la pensée linguistique appliquée. Il développe des compétences culturelles et interculturelles pratiques, misent en oeuvre dans le cadre de projets concrets de type entrepreneurial.

 

Study case Migrant Integration LAB - A global device of migrants’ integration: linguistic integration – Petrache, Le Guern, 2016.

 

The ability to communicate in French is critical for migrants to be able to attain better jobs, advance in their careers, participate more fully in civic life, and become more integral members of the larger community.

The general objectives of our training programmes can be summarized as follows: to provide participants with up-to-date factual information; to assist participants in developing the skills needed to succeed in their new environment or workplace; and to explore attitudes necessary for successful adaptation and integration as intercultural competencies and language acquirements.

 

One of the principal features of our language training is that language is taught for the purpose of practical communication, rather than as an academic exercise. Each training course is tailored to fit the needs of the particular target population. Our Curricula are “living” documents that are constantly being adapted and updated to meet the specific needs and abilities of migrants. Topics such as social norms and values, cultural adaptation and coping with culture shock are spiraled throughout the curricula.

 

All migrants will benefit from understanding the cultural norms and values they will encounter as they navigate from the known to the unknown, and make connections between that which they have experienced and that which is still new.

 

Training sessions are “learner-centred” and trainers must be sensitive to the cross-cultural issues that may challenge the participants’ own cultural values and traditions, and create opportunities for open discussions on a range of topics.

In order to ensure a perfect language learning methodology and an intercultural dialogue we need to make use of cross‐cultural or bi‐cultural trainers.

 

Trainers who share similar cultural and linguistic backgrounds as those of the migrants they work with are often considered more effective than those who do not share their language and have a less complete understanding of the migrants’ culture. Straddling both cultures becomes an asset, which enables them to gain the trust of the participants and increases overall credibility.

 

In order to ensure a better understanding and a mutual social cohesion we need to recognize the inherent strengths and resources of migrants. In order to ensure an effective learning and to create sustainable communities, we need to make possible that migrants teach each other. This approach helps migrants to develop self‐confidence from being teachers of important information, instead of always being the recipients.

 

Conclusion

By taking advantage of our training programmes migrants, host communities, and governments all stand to benefit. Migrants gain from having a better understanding of the migration process, which contributes towards reduced levels of anxiety while increasing the overall chances of successful integration. Host communities gain through a decreased need to support the newcomers, while fostering an atmosphere of mutual understanding and respect among all community members. And, finally, governments gain through decreased costs as newcomers become self-sufficient, productive and integrated members of the receiving society more quickly.

  

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